Goodbye John – Serge Lazarevitch – Peter Hertman

Bravo et merci à Serge Lazarevitch et Peter Hertman ! Une pure musicalité qui touche au sublime, d’autant que la technique n’est pas démonstrative, elle est au contraire au service d’une exécution sobre et pleine d’humilité. Un effacement subtil qui donne au morceau toute sa valeur, celle d’être un hommage rendu à un grand musicien dont la musique était lumineuse et spirituelle et qui nous quitté il y a peu, John Abercrombie…

Avishaï Cohen – Remembering

Nous sommes au début des années 2000. Avishaï Cohen, après s’être fait remarquer et embaucher par Chick Coréa, forme son trio et commence à créer cet univers bien à lui dans lequel se mêlent harmonieusement (et avec quel tel talent mélodique…) le jazz et sa culture israélienne. En témoigne cette perle, « Remembering », grâce à laquelle je le découvre à l’époque et dont nous avons la chance (en plus de sa présence sur l’album « At Home ») d’avoir une vidéo « live au Blue Note » de New York.

Cette mélodie, de par sa grâce absolue, transcende totalement l’idée même de genre musical (jazz, musique de film, comptine pour enfant….) et l’on est simplement sous le charme d’une très belle inspiration, tant pour la composition elle-même que pour l’ improvisation, toute en retenue et délicatesse, qu’il nous offre ce jour là.

Un xylophone géant dans une forêt japonaise

Il s’agit d’une publicité, raison pour laquelle j’ai hésité à la partager, mais bon, une fois n’est pas coutume… Voilà une idée bien japonaise, tant par l’inspiration mystique (mais tout à fait naturelle au pays du soleil-levant) de son créateur que par les moyens titanesques qui semblent avoir été mis en œuvre pour sa réalisation. On reconnaitra la célèbre cantate de Bach, exécutée ici par une simple boule de bois dévalant un xylophone géant construit dans la pente ombragée d’une forêt de conifères. La poésie des sons qui en résulte, mêlée au souffle continu d’un torrent et à la présence des oiseaux de la forêt est d’une infinie délicatesse…

On pourrait presque, fermant par exemple les yeux quelques instants, oublier la main de l’homme taillant et assemblant chaque pièce de bois et rêver d’une successions de mouvements produits par les « hasards » de la nature seule, aidé en cela par les imperfections rythmiques dues aux inégalités du parcours de la boule. Et s’imaginer soi-même, composant de la musique, comme faisant simplement partie de la grande nature, en état de réceptivité et de communication avec celle-ci. N’utilise t’on pas le même mot pour dire d’un être qui a trouvé ce qu’il aime vraiment accomplir qu’il agit selon sa « Nature profonde » ?

La forêt, source d’inspiration de Beethoven

Suite au post précédent sur le xylophone géant dans une forêt japonaise, je m’autorise ici à citer un court extrait du très bel article, consacré à la forêt en tant que source d’inspiration pour les compositeurs, trouvé (ici l’article complet) sur le site de la RTBF (radio et télévision belge).

Nous y apprenons comment est venue à Beethoven l’inspiration du fougueux final de sa sonate n°23 en F mineur Op. 57 (la fameuse « Appassionata »). Exemple en est donné par l’interprétation de Daniel Barenboim, lors d’un concert donné à Berlin en 2006. Une précision et une subtilité incroyable, tout chante en permanence malgré le déferlement d’énergie qu’exige cette partition, avec pour résultat une musicalité extraordinaire qui m’a emporté ! Je cite donc :

Un jour du mois de septembre 1815, Beethoven écrit : “Dieu tout-puissant, dans la forêt ! Je suis bienheureux, plein de bonheur dans la forêt : chaque arbre parle à travers toi, o Dieu ! Quelle splendeur ! » Il aime passer l’été dans les villages des environs de Vienne. A la fin du mois de juillet 1804, il est à Böbling. Son fidèle ami Ries l’y rejoint régulièrement. Souvent, ils se promènent au lieu de travailler. Ries raconte :

« Pendant une promenade, dans laquelle nous nous sommes si bien perdus que nous ne sommes revenus qu’à huit heures à Döbling, Beethoven avait, durant tout le chemin, fredonné et quelquefois presque hurlé à part lui, montant et descendant constamment, sans chanter de notes précises. Quand je lui ai demandé ce que cela voulait dire, il m’a répondu :  » Il m’est tombé dans l’esprit un thème pour le dernier allegro de la sonate.  » Dès que nous sommes rentrés dans l’appartement, il s’est mis au piano sans même enlever son chapeau. Je me suis assis dans un coin et il m’a bientôt oublié. Alors il s’est déchaîné pendant au moins une heure sur le nouveau et superbe finale qui termine maintenant cette sonate. Enfin il s’est levé. Il était surpris de me voir encore, et m’a dit :  » Je ne peux pas vous donner de leçon aujourd’hui : il faut que je travaille encore. »

A son ami Schindler qui lui demande un jour le sens de cette Sonate, Beethoven répond : « Lisez la Tempête de Shakespeare ».

Mélanie de Biasio

Lorsque je l’ai entendue pour la première fois elle ne chantait pas, elle parlait. Une longue conversation à la radio avec Laure Adler pendant laquelle les deux femmes se renvoyaient la balle d’un respect absolu. Sa voix avait la sobre délicatesse de celle qui n’a rien à prouver, juste à témoigner de son engagement pour la sincérité, sa conviction que par la mise à nue de son souffle le plus intime se révèle l’authenticité d’une âme qui, bien avant de songer à se débattre avec les mots ou la pensée, est avant tout reliée à un cœur qui bat. Ne sachant malgré tout avec certitude si j’avais affaire à une exaltée planant dans les nuages ou à une grande dame développant la sagesse d’être elle même, soit l’incarnation d’une grande sensibilité poétique, tout en étant reliée au monde et à l’autre, j’ai éprouvé, dès la fin de l’émission, le désir de la voir et de l’entendre chanter, ce que l’internet permet de faire aujourd’hui. Je suis « tombé » sur ce morceau qui ma littéralement mis en transe, comprenant que la deuxième hypothèse était la bonne, et dont je n’ai pu encore me lasser…

L’art, ça sert à quoi ?

Question d’importance, puisqu’elle est présente dans l’inconscient collectif de notre société consumériste, laquelle se fait fort, vis à vis du geste artistique, soit de lui attribuer une valeur marchande qui corresponde à ses critères d’éligibilité, soit de l’ignorer avec le mépris accordée à la chose inutile ne produisant aucun profit immédiat.

Un ami, appréciateur d’art, en particulier de musique et de littérature, m’as transmis ce beau texte d’olivier Rollin, que je me permets de reproduire ci-après, en me demandant si je serais d’accord pour définir l’artiste comme un « créateur d’intensité ». Comme nous échangeons souvent tous deux sur le thème de l’art et de la création, je lui réponds par ce texte (à la suite du premier…) tentant d’exprimer mon sentiment sur le sujet :

« L’art est certainement (entre autres choses) une tentative pour exprimer l’intensité. Pour reproduire, éterniser l’intense. L’intensité n’est pas notre fort, nous ne sommes pas des fabriques d’éclairs. Pour dire tout ce qui est basses tensions, de l’ordre de la durée, non de la crise, on a des tas de protocoles, de mémoires, de procès verbaux : immenses archives de l’ennui, monotones modes d’emploi de la machine humaine. Mais la douleur, la sidération amoureuse, la jouissance, il n’y a en effet que l’art pour tenter de dire ça. Pour reprendre des catégories barthésiennes, l’art a partie liée avec la jouissance, c’est-à-dire “ ce qui met en état de perte, ce qui déconforte ”. En termes batailliens, avec la dépense. L’art cherche le “ point d’ébullition ” par quoi la “ sauvage destinée humaine ” communique avec le cataclysme solaire, la dépense astrale. Le problème avec la littérature, c’est-à-dire l’art des mots, c’est que ces intensités fulgurantes, justement, “ on n’a pas de mots ” pour les dire. Cela suscite et cela paralyse les mots, ça vous la coupe, comme on dit. C’est comme un cri suspendu dans un cauchemar, “ le Cri ” de Munch. Donc la littérature, me semble-t-il, est une tentative (toujours ratée, nécessairement) pour exprimer l’intense, et par exemple ça, en effet, la jouissance, ou avant la jouissance cette révélation stupéfiante du corps aimé, “ qu’on n’oubliera jamais même dans l’au-delà de la mort ”, dit Jouve, ou avant même la révélation du corps, l’apparition d’un visage, “ un éclair puis la nuit ”, la passante Baudelairienne, ou la grâce inouïe d’un genou, d’une cheville, d’une taille. Ou encore le corps mort, et par exemple la mort du corps aimé. Horreur, joie extrêmes. Nos vies sont gouvernées par ça, sous l’empire de ces instants foudroyants. Un des plus hauts défis que peut s’assigner l’écriture, oui, c’est d’essayer de rendre compte de cet empire. »  Olivier Rollin

Je trouve cette expression « créateur d’intensité », très belle… Sans doute l’artiste, justement parce qu’il est considéré par une grande partie de la société comme inutile, cherche (par l’affirmation de cette inutilité apparente) à mettre en défaut celle-ci dans ce qu’elle a de laborieusement procédurière, à alerter ceux qui y serait encore sensible (ou qui pourrait le redevenir…) sur l’importance immense de ces moments sublimes ou un sentiment d’une grande profondeur vient à faire chavirer le cœur de l’être humain. Profondeur certes (car il faut parfois creuser loin pour briser la gangue des protections illusoires, remettre en question ce besoin de sécurité qui a pour objet de calmer la peur latente mais ne peut en réalité être assouvi), mais pas rareté, car ces moments si intenses, dont parle Rollin, ne sont-ils pas présents dans de multiples aspérités offertes par le quotidien à celui ou celle qui, encore une fois, sa sensibilité en exergue, se rend capable de voir, sentir, toucher… la beauté infini du détail (des tailles……)

Piégé moi-même par la difficulté à dire avec des mots, je me rends bien compte pourquoi j’ai, par nature intuitive, fait appel à la musique pour exprimer l’indicible !
Il me semble que l’artiste cherche effectivement, mais confusément, avec ses moyens du bord, les outils dont ils disposent, à alerter du danger, à pointer du doigt vers la direction opposée; il jette des bouteilles à la mer…
Et c’est pour cela que je me sent en accord avec ce texte, que j’y réagi en écriture presque automatique, sans trop structurer ma pensée, afin que l’élan du cœur reste prédominant dans ce que ces quelques mots peuvent chercher à traduire. Ce qui est fou, et le texte de Rollin le dit bien, c’est que les mots, la littérature, la pensée, constituent une tentative superbe et incontournable, malgré tout, d’exprimer le sens de la vie !

La contribution de chacun, quel que soit son outil, artiste ou artisan, ne se résume t’elle pas au fond à un geste symbolique, une offrande à la beauté de la vie, un signe, une invitation pour quiconque s’en émeut à s’ouvrir, par effet miroir, à sa propre intériorité, jusqu’à découvrir qu’il porte en lui-même le but à atteindre…

Vicente Amigo

Est un musicien que je ne connaissais pas il y a peu, n’étant pas un grand connaisseur de la tradition ni de l’actualité du flamenco. Ce morceau utilise peu les éléments marquants habituels de cette culture, ce qui lui donne un coté universel, d’autant qu’il emprunte (dans sa deuxième partie) des traits empruntés à une autre culture (celtique cette fois-ci…) et que cela fonctionne à merveille ! Il m’a profondément touché, au point que je l’ai immédiatement partagé en le décrivant de cette façon élogieuse mais sincère :

D’une extrême douceur naît pas à pas un enchantement passionnel. Sans jamais se départir d’un raffinement absolu, un crescendo à la beauté renversante !

Pour commencer…

Je propose, sur cette page, de partager avec vous des coups de cœurs pour d’autres artistes dont les créations résonnent en moi avec une affinité profonde, ainsi que des réflexions ou des échanges que j’ai pu avoir (ou que nous serions ensemble amené à prolonger…) sur la création, en particulier, et la vie en général. Mots qui sont pour moi synonymes, dans le sens où, du particulier au général, du microscopique à l’infiniment grand, chaque mouvement du vivant est en soi une création qui participe de ce changement permanent qui anime toute manifestation.